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Affichage des messages du 2021

L'homme avec un drapeau du Danemark

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Assis tranquillement dans le bus qui m'emmenait au métro, je fus distrait de ma lecture par un gars derrière moi. ─ Qu'est-ce que c'est que ce chauffeur ? disait-il à voix haute. L'as-tu vu comme elle chauffe ? Personne ne lui donnait la réplique, de sorte que j'en conclus qu'il était seul. J'essayai de reprendre ma lecture de La peste d'Albert Camus quand je l'entendis marmonner encore : ─ C'est quoi, ce chauffeur ? Elle brette, elle brette... Dans un bus rempli à pleine capacité, il ne faut qu'un seul individu pour vous pourrir la vie. Je me retournai pour le regarder. Cheveux courts mais désordonnés, t-shirt à manches longues d'une propreté douteuse, pantalons de jogging, aussi noirs que le t-shirt, et enfin, des chaussures noires aussi, sans lacets et dont la saleté était évidente. Dans sa bouche, il tenait un drapeau du Danemark... comme s'il avait décidé ce matin de jouer les portes étendards de ce petit pays scandinave. La Coup

Ce que traduire veut dire: Hommage à Paul Laurendeau

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Que ce soit sur son blogue , sur celui d'ÉLP éditeur ou sur le webzine Les 7 du Québec, Paul Laurendeau offre différentes traductions à ses lecteurs, toutes aussi percutantes les unes que les autres. La première qui me vient à l'esprit est L'ère du verseau , traduction d’ Aquarius (texte de James Rado), hymne d'ouverture à l'opéra-rock Hair (1967) - un moment clé de l'histoire de la contre-culture américaine à la fin des années soixante. L'auteur de ce blogue avec Paul Laurendeau (à droite) au Salon du livre de Montréal en 2011. La deuxième s'avère nulle autre que Le corbeau , le poème d’Edgar Allan Poe ( The Raven ), que Paul Laurendeau, après Baudelaire et Mallarmé, a traduit en français. Après d’aussi illustres poètes, personne n'avait osé traduire en français le célèbre poème de Poe. Pour justifier son audace, Paul Laurendeau écrit : « Ces deux poètes français majeurs, en utilisant le vers libre et de fines altérations du sens, ont tiré ce texte

Création et logique marchande (Les créateurs 2)

Le problème de nombreux artistes québécois, voire francophones, c’est qu’ils obéissent – sans doute bien malgré eux – à cette logique marchande insufflée par leurs agents et par toute cette faune qui vit de la création, peut-être dans l’intérêt des créateurs, mais dans cet intérêt immédiat qui ne va jamais au-delà du court terme. Et cela touche autant les auteurs, les compositeurs, les interprètes que les artistes en art visuel, scénique et autres. Cette logique prétend, par exemple, qu’un groupe rock ou pop doit limiter le nombre de disques qu’il pourrait sortir en raison de l’étroitesse du marché. Selon leurs analystes de haute voltige, le marché ne saurait absorber plus d’un produit culturel par année par artiste. Comme vous pouvez le constater, nous sommes bien dans cet univers marchand qui voit les œuvres comme des « produits » devant être « mises en marché » en fonction d’une « clientèle cible ». Quand je fais allusion à cette faune, j’inclue bien entendu les bureaucrates de la c

Amour

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Parmi les multiples définitions que donne Le Petit Robert du mot « amour », je retiens celle-ci : « Inclinaison envers une personne, le plus souvent à caractère passionnel, fondée sur l’instinct sexuel mais entraînant des comportements variés ». Quelle étrange définition ! L’amour qu’un individu porte à un autre individu est-il nécessairement fondé sur l’instinct sexuel ? Bien qu’il ne soit pas interdit de réfléchir à la question, avec le temps je me suis convaincu que l’amour qu’une personne ressent pour une autre se développe dans le quotidien, se renforçant lentement au fil des jours. Certes, le corps de cette autre personne joue sans doute un rôle, mais c’est son mode de présence au monde, sa manière d’être, qui plait tant ou ne plait pas chez l’autre, et non son apparence physique ou ses qualités intellectuelles. En conséquence, le mode de présence au monde – qui correspond plus ou moins au concept heideggérien de dasein – n’est pas étranger au sentiment amoureux. Quant aux « com

Descendance

Le mot descendance indique « le fait de descendre d’une personne, d’une famille » ( Le Petit Robert 1987) et, à ce titre, est associé à la lignée, à la postérité. La notion de descendance renvoie souvent au nationalisme, notamment au nationalisme québécois qui s’évertue à mettre en valeur la fierté des origines populaires du bon peuple. À mon avis, le nationalisme est une affaire de mystique collective, une question de foi. Pour fonctionner en tant qu’idéologie, il a besoin d’offrir aux citoyens une représentation plausible d’un TOUT dans lequel chacun puisse s’identifier. Cela explique sans doute les nombreuses déviances comportementales auxquelles ce phénomène peut être associé : le fascisme, le racisme, ou plus simplement, la xénophobie, ce rejet de l’étranger en tant qu’il ne fait pas partie du TOUT collectif. Au Québec, le nationalisme a échoué. Les citoyens d’ici ont perdu la foi, car ils ne pensent qu'à assurer leurs arrières. On se demande d’ailleurs ce qu’ils ont à « ass

Olympisme

En raison de la caractéristique fondamentale de cette catégorie qui en fait un dictionnaire, non une encyclopédie, et des règles qui président à son élaboration, je ne peux faire une entrée à « Jeux olympiques ». Alors je me rabats sur le mot olympisme, même si olympiade serait sans doute plus approprié, bien qu’ambigu, car Le Robert (1987) définit d’abord ce mot par une « période de quatre ans entre deux jeux olympiques ». Quant à olympisme, il se définit par « l’institution, l’organisation des jeux », mais j’estime que, par extension, il peut désigner aussi bien l’esprit des jeux olympiques, la philosophie qui les sous-tend. Les Jeux olympiques sont nés en Grèce antique, aire spatio-temporelle de grande civilisation. Un Français du nom de Pierre de Coubertin a eu l’idée des les relancer à la toute fin du dix-neuvième siècle, remettant ainsi à l’ordre du jour une pratique qui aurait dû demeurer dans l’antiquité, comme le gynécée, l’esclavage, l’élitisme homosexuel, etc. Personnellemen

Parents

Les dictionnaires usuels définissent généralement les parents comme le père et la mère d’un enfant. Un enfant qui, par la force des choses, vit dans la dépendance de ses parents pendant une certaine période de sa vie. Ceux-ci se trouvent donc en situation de pouvoir par rapport à l’enfant qu’ils ont engendré. Certains en abusent, d’où l’expression « enfants abusés » qui m’a toujours semblé inappropriée pour décrire les agressions sexuelles dont peuvent être victimes des enfants. Fort heureusement, en dépit des titres des quotidiens qui étalent au grand jour des histoires toutes plus sordides les unes que les autres, la plupart des parents se comportent en parents, et non en abuseurs, élevant leurs enfants du mieux qu’ils le peuvent compte tenu du fait qu’ils vivent dans une société qui érige la performance en valeur absolue. Les parents, donc, exercent une fonction – une fonction éminemment sociale, somme toute – pour laquelle aucun mode d’emploi ne leur est fourni, si ce n’est l’hérit

Présentation de René Guénon (Métaphysique et recherche de sens 4)

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Depuis la pandémie, je suis devenu bizarre, du moins suffisamment bizarre pour inquiéter certains amis qui, pourtant, me voient très peu compte tenu des restrictions sanitaires. Parmi ces bizarreries, cette nouvelle habitude de lire des œuvres en séries, comme celles d’Henri Verne (Bob Morane), des auteurs de Perry Rhodan, et même celle de Jules Romains dont le roman - Les hommes de bonne volonté - compte vingt-sept volumes. Et puis j’ai pris une autre décision, aussi bizarre que les précédentes, et que je mets en pratique en parallèle : celle de lire, par ordre chronologique de parution, l’œuvre intégrale de René Guénon, ce penseur ésotérique qui a passé sa vie à tenter de comprendre le sens des choses, apprenant des langues (le grec, le latin, le sanscrit, l’arabe, pour ne citer que celles-là), lisant des textes sacrés des grandes traditions religieuses (bouddhisme, hindouisme, taoïsme, islam et, bien entendu, judaïsme et christianisme), frayant avec des courants spiritualistes pour

La question des origines

Pendant longtemps, quand je rencontrais une personne issue de l'immigration dans une soirée ou à un événement quelconque, je lui posais inévitablement la question de ses origines, du pays ou de la région d'où il provenait. Pour moi, il ne s'agissait pas d'une question destinée à souligner son caractère étranger, mais simplement un moyen de connecter avec elle. D'ailleurs, elle m'en était généralement reconnaissante parce que, souvent, dans la salle où nous nous trouvions, j'étais la seule personne à s'intéresser à elle. Cette curiosité s'avérait pour moi, comme pour elle, une qualité. J'étais - et je suis toujours - un homme curieux, heureux de me trouver avec une personne en mesure de me parler de son pays, de sa région, de comment il vivait là-bas, de ce qu'il mange, etc. Aussi, lors de mes études de maîtrise à l'Université de Montréal, je me suis très vite lié à un groupe de quatre Tunisiens qui ont fini - pour au moins deux d'entr

Lecture

 Le Petit Robert (1987) définit la lecture comme « l’action matérielle de lire, de déchiffrer ce qui est écrit. » Bien entendu, le célèbre dictionnaire ne prend pas en compte, dans cette définition, la lecture dite littéraire, mais simplement le fait de lire en tant qu’action, « de prendre connaissance du contenu d’un écrit ». Quant à la lecture littéraire proprement dite, elle fait référence au corpus des études littéraires qui suppose, pour le lecteur, une activité d’analyse de ce qu’il lit. Il s’agit donc d’une activité quasi disciplinaire qui a cours généralement dans les établissements d’enseignement. Pour ma part, je me définis comme un dilettante, autrement dit comme une personne qui s'adonne à la littérature par plaisir et ce, indépendamment de toute industrie culturelle. Je considère la littérature comme un mode de vie, comme une activité qui aide à vivre, une façon comme une autre de ne pas mourir, de demeurer alerte, étonné et curieux, donc en vie, tout en sachant bien q

Une question essentielle (Métaphysique et recherche de sens 1)

Est-ce que Dieu existe ? Si oui, en quoi peut-il jouer un rôle dans notre vie et, plus largement, dans le monde ? Et s’il n’existe pas, Dieu, alors qu'est-ce qui justifie notre existence ? Qu'est-ce que nous faisons sur Terre, en fait ? Sommes-nous simplement des mammifères comme les autres, en plus intelligents ? Quel est le but de notre vie si nous admettons que nous sommes des êtres de finitude ? Avons-nous seulement un but ? C’est ce genre de questions que nous nous posions, Jean-Luc et moi, quand nous avions dix-sept ans. Nous en discutions pendant des heures le midi, dans un petit restaurant du village, nom qu’on attribuait au « centre-ville » de Pointe-aux-Trembles au milieu des années 1970. Des questions qui n’ont jamais été résolues, même si, pour plusieurs d’entre nous, le compte de l’existence de Dieu a été vite réglé : il a suffi de se déclarer agnostique et le tour était joué. Des jeunes d’aujourd’hui utilisent aussi cette même tirade pour éviter de réfléchir à la

Estonie 5 : Une langue et un souvenir d'enfance

Aujourd’hui je me rends compte que c’est à tort que mon professeur de géographie associait l’Estonie avec les deux autres républiques baltes, soit la Lettonie et la Lituanie. En fait, les racines de l’Estonie rejoignent davantage celles de la Finlande avec laquelle elle partage une même souche linguistique : le finno-ougrien. Il ne s’agit pas d’une langue indo-européenne, mais ouralienne, une famille linguistique parlée par environ 25 millions de personnes dans le monde. Si j’ai bien compris (merci Wikipédia), la branche finno-ougrienne est usitée en Hongrie, en Finlande et en Estonie. Il s’agit d’un étrange caprice de la géographie humaine que des peuples aient adopté cette langue en plein milieu de l’ensemble indo-européen, un caprice qu’on n’explique que par des hypothèses plus ou moins vérifiées dont je vous ferai grâce. L’Estonie partage au moins un phénomène social avec le peuple québécois : au cours de leur histoire, les Estoniens ont souffert de discrimination en raison de leur

Estonie 4 : Coronavirus et transports publics

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Aujourd'hui, dans la Presse, le sujet du jour est encore et toujours le président clownesque des États-Unis qui refuse de céder sa place au nouveau président élu. Tiens, je me tourne vers l'Estonie pour changer… Ce matin, on annonce que le pays enregistre 132 cas de Covid-19 dans les dernières vingt quatre heures. Bien qu'il y ait six personnes aux soins intensifs, aucun décès n'est à déplorer. 132 cas contre plus de 100 000 aux États-Unis. Franchement, restons en Estonie. Les autorités de santé publique recommandent le port du masque dans les transports collectifs. Savez-vous que les transports publics sont gratuits en Estonie ? En effet, depuis le 1er juillet 2018, personne n’a besoin de débourser le moindre sou pour monter dans un bus ou dans un tramway. Pourquoi n’envisagerait-on pas une pareille politique au Québec ? Les pistes cyclables, je n’ai rien contre, mais il y a des obstacles majeurs à sa généralisation dans une ville comme Montréal, tout comme dans la plu

Estonie 3 : J'ai couché avec une idée

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Ce soir-là, comme d’habitude, j’ai écouté le téléjournal en compagnie de mon épouse et, comme d’habitude, le chef d’antenne a passé le plus clair de son temps à discuter, avec un panel d’experts triés sur le volet, de la situation politique de notre voisin du sud. Avant même la fin des informations télévisées, je suis monté au lit, espérant oublier le désordre du monde dans le dernier roman de Guilhem -  L’Annihilatrice à couettes -, un roman de science-fiction à la Pratchett qui me fera bien oublier le beau Donald. À peine avais-je lu quelques pages-écran de ma liseuse que je m’endormis… mais avec cette idée saugrenue en tête : substituer l’Estonie aux États-Unis dans l'actualité quotidienne de la marche du monde. Une fois endormi, donc, j’ai rêvé de ce pays balte, à ses paysages sombres, à son climat que j’imaginais froid et humide, à ses habitations basses construites en pierre et en bois, à ses gens tristounets, longtemps écrasés par l’occupation étrangère, russe notamment, à

Accent

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L’encyclopédie Wikipédia (2013) définit l’accent comme « une particularité de diction d’un locuteur dans une langue donnée. » Il serait propre à une région ou à un milieu social et pourrait se caractériser par des altérations du débit, de la prononciation et de l’intonation. Le Petit Robert (1987), lui, propose une définition un peu plus complète : « Ensemble des caractères phonétiques distinctifs d’une communauté linguistique considérés comme un écart par rapport à la norme (dans une langue donnée) ». Comme Wikipédia, il introduit cette notion de signe distinctif quand il définit l’accent. Néanmoins, rien n’empêche qu’on puisse le moduler en fonction du lieu où on élit domicile. Chez un Québécois qui vit en France depuis quelques années, on constate forcément une certaine transformation dans sa manière de parler. Tout comme le Français qui vit au Québec. Pour nous, il a toujours l’accent français mais lui, quand il retourne en France, on s’accorde à lui trouver un accent québécois. E