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Affichage des messages du 2020

Estonie 2 : Une boutade

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Plus tôt cette semaine, bien avant qu'on connaisse la nouvelle de l'élection de Joe Biden à la tête des États-Unis, j'ai lancé une boutade lors d'une rencontre virtuelle, pandémie oblige, avec un groupe d'amis de longue date. À eux je m’étais plaint, justement, de l’omniprésence des nouvelles américaines dans notre vie collective. Du jamais vu dans les médias. Certes, on a toujours beaucoup parlé des États-Unis, mais jamais ce pays honni n’avait pris autant d’espace dans les médias d’information. Sur un temps de journal télévisé de trente minutes, les États-Unis en prenaient souvent le tiers. Depuis l’annonce des élections fédérales, il faudrait plutôt parler des deux tiers… Mes amis m’ont approuvé, chacun ayant manifesté son accord avec ce constat. Pierre, le conjoint de Diane, un ami que je connais depuis près de trente-cinq ans, a corroboré mes dires en ajoutant : « Pendant qu’on parle sans cesse des États-Unis, les journaux télévisés ont passé sous silence les r

L'humanisme, une croyance (Métaphysique et recherche de sens 2)

Je n'aime pas dire que je suis athée. Je n'aime pas dire ça en raison du fait que cela contrevient à un principe taxonomique fondamental : on ne définit pas un objet parce ce qu'il n'est pas. Or, le signe privatif « a » m'embête parce qu'il me définit par rapport à des croyances que je ne partage pas. Alors, au lieu de me dire athée, je préfère dire que je suis humaniste. Je sais, il y a des humanistes chrétiens... voire musulman. Mais j'adopte une approche très stricte de l'humanisme qui, par définition, place les croyances religieuses au second plan de mes préoccupations. Bref, l'essentiel n'est pas là... Qu'est-ce que l'humanisme ? Il s'agit d'un ensemble de valeurs centrées sur l'être humain. En cela je postule que la vie humaine constitue la valeur suprême, la valeur fondamentale qui devrait être partagée par l'ensemble des croyances de la planète. Bref, rien de plus sacrée que la vie. Malheureusement la plupart des r

Estonie 1 : Chaque soir à l'ouverture du journal télévisé

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Comme tout un chacun, la pandémie m’oblige à rester à la maison, du moins plus souvent qu’à l’accoutumée. Je sais, accoutumée n’est pas le terme idoine, car il réfère au temps d’avant la crise sanitaire qui secoue la planète, donc avant le mois de mars 2020. Accoutumée est un autre mot pour désigner les habitudes. Il signifie strictement la même chose, mais il s’avère plus joli à l’usage. Donc, la pandémie a rompu toutes nos habitudes. Toutes ? Non, pas toutes. Chaque soir,  pandémie ou pas, à l’ouverture du téléjournal télévisé, que j’écoute généralement en compagnie de mon épouse, et deux fois plutôt qu'une (du moins, ce ce qui la concerne), le chef d’antenne débute les nouvelles en parlant du président des États-Unis, celui qui a transformé la Maison blanche en cirque et qui a pris l’allure d’un clown. Chaque soir, donc, depuis quatre longues années. Même les chaînes de télévision privées qui, avant l’élection de ce président, n’avaient pas les moyens de s’offrir un correspondan

Analphabétisme

Selon Wikipédia (2021), l’analphabétisme est « l'incapacité ou la difficulté à lire, écrire, comprendre un texte/phrase et compter, le plus souvent par manque d'apprentissage.» Il se distingue de l'illettrisme qui toucherait des personnes ayant reçu cet apprentissage - des personnes scolarisées, donc - mais qui ne maîtrise pas ou plus la lecture, l’écriture et le calcul. Autrement dit, l’illettrisme serait une forme d’analphabétisme. Dans un article publié en 2012 dans La Presse , la chroniqueuse Rima Elkouri nous rappelait que toutes nos prétentions à faire du Québec un lieu d’épanouissement de la langue française s’annihilent face à une statistique massue: un Québécois sur deux serait un analphabète fonctionnel. Cela veut dire que plus de 50℅ des gens parviennent à vivre à peu près normalement (écouter la télé, conduire une voiture, utiliser un smartphone)… mais s’avèrent incapables de lire un article de 500 mots dans un journal à en comprenant le sens. Un peu plus tard,

Bonheur

 Le Petit Robert (1987) se montre fort peu loquace quand il s’agit de définir le bonheur. Pour cet ouvrage d’une réputation sans tache, il s’agit simplement d’un « état de la conscience pleinement satisfaite » et, par extension, de « ce qui rend heureux ». N’est-ce pas saugrenu de définir le bonheur par ce qui rend heureux ? Qu’est-ce qui rend heureux ? Tout et n’importe quoi, c’est selon. Si la pratique assidue de la sexualité vous rend heureux, peut-on affirmer que le bonheur réside dans la vie sexuelle ? Peut-être bien, après tout… puisque le bonheur s’avère souvent relié à la satisfaction. D’ailleurs, Wikipédia (2008) inclut la satisfaction dans sa définition du bonheur, allant en cela un peu plus loin que le Petit Robert. En effet, le bonheur y est défini comme « un état durable de plénitude et de satisfaction, état agréable et équilibré de l’esprit et du corps, d’où la souffrance, l’inquiétude et le trouble sont absents. » Le bonheur est une notion importante pour les hommes et

Se détacher du monde

La pandémie actuelle et les troubles sociaux suscitent de l'anxiété chez de nombreuses personnes, et je n'en suis pas exclu. La solution consisterait à se détacher du monde... Mais comment peut-on se détacher des affaires du monde ? Comment peut-on devenir indifférent à l'actualité génératrice d'anxiété ? Comment demeurer serein face à toutes ces idioties qui s'écrivent et qui se disent autour de soi dans la vie comme dans les médias ? Je ne sais pas. J'ai une bonne amie qui a adhéré au bouddhisme zen depuis quelques années. Elle semble mieux adaptée à vivre au milieu du grand tumulte du monde. Est-ce que la solution résiderait dans la pratique du zen ? Cela semble partiellement lui réussir, en tout cas. Mais au zen il faudrait ajouter qu'elle n'a pas la télé chez elle et qu'elle n'est membre d'aucun réseau social. Ni Facebook ni Instagram ni Twitter.  Personnellement, je préfère pratiquer un autre détachement. Au fond, qu'est-ce que ça m

Les deux noms sur la tombe

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Ce matin, alors que je monte dans le bus pour me rendre au travail, j'ai soudain une pensée pour mon père et ma mère, morts respectivement en 1996 et en 2005. Du coup, j'ai envie de parler de mes parents. Vous savez, mes parents se sont fait enterrer ensemble, dans le même enclos du cimetière de la paroisse Saint-Enfant-Jésus à Pointe-aux-Trembles. Rien d'étonnant à cela, me direz-vous. Après tout, des tas de ménages font ça après trente, quarante, voire cinquante ans de vie commune. Mais vous devez savoir que mes parents étaient divorcés depuis vingt ans quand la grande faucheuse a accusé livraison de mon père en juillet 1996. Normalement, les couples de personnes séparées ne sont plus des couples à proprement parler et, par conséquent, on ne s'attend pas à ce qu'ils se fassent enterrer ensemble, dans un espace d'à peine un mètre carré où leurs cendres se mêleront entre elles pour ne former qu'un amas de matières indistinctes pendant des siècles et des sièc

Penzu, un outil d’écriture au quotidien

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Il n’est un secret pour personne que l’intimité revêt des formes nouvelles depuis l’avènement du Web, notamment au niveau de sa diffusion. En effet, de nombreuses personnes exposent leur état d’âme sur Facebook, sur Instagram ou, pour les plus appliqués, sur un blogue personnel. C’est une erreur, nous le savons tous, car ces textes peuvent se retourner contre nous un jour ou l’autre, que ce soit dans notre vie personnelle ou professionnelle. Par ailleurs, on ne disparaît pas du Web aussi facilement qu’on passe un vieux texte manuscrit dans une déchiqueteuse, car le fait de supprimer un post sur Facebook ne signifie pas nécessairement qu’il n’en subsiste pas de traces sur un serveur. Et ce qui vaut pour Facebook vaut aussi pour un blogue dont les billets peuvent être repérés et dupliqués par les robots du Web. Il s’avère donc déraisonnable de consigner sa vie intime sur un blogue que n’importe qui peut archiver à notre insu… et que, la plupart du temps, nous sommes bien incapables d’arc

Attente

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L’attente correspond d’emblée à la durée, au laps de « temps pendant lequel on attend » (le Petit Robert, 1987). Mais l’attente, c’est aussi – et surtout, ai-je envie d’ajouter – « l’état de conscience de celui qui attend ». Dans la mesure où il repose en bonne partie sur ce qu’on attend, donc sur l’objet de notre attente, cet état peut générer de l’anxiété… tout comme il peut provoquer de la fébrilité, de l’excitation pour la personne en attente, excitation qui a pour effet de rehausser la qualité de son existence. Car attendre, c’est anticiper, se délecter à l’avance d’une chose qui sera bientôt à nous. En ce sens, l’attente est étroitement associée au plaisir. L’écrivaine française Michèle Gazier en témoigne: « J’ai compris par la suite que le plus beau du vouloir est dans l’attente. L’attente est un voyage immobile au cours duquel tout est possible, même ce que l’on n’a pas imaginé. Ulysse n’est Ulysse qu’avant d’avoir rejoint les rives d’Ithaque, lorsqu’il a seulement le désir du

Ceux qui restent... (après la catastrophe)

Après la dévastation des îles des Antilles par l’ouragan Irma, les journalistes n'ont pas manqué de souligner le retour des touristes québécois à l'aéroport de Montréal. C'était vraiment touchant de voir tous ces gens s'embrasser en famille, convaincus d'avoir échappé à une mort certaine. De retour de ces clubs de vacances, où ils se sont fait servir par des larbins dix fois moins payés qu'eux, ils n'ont rien trouvé de mieux à faire que de pleurer et crier devant les caméras, allant même jusqu'à se plaindre des autorités canadiennes qui auraient mal gérer la « crise ». Comme si le Canada avait pour mission d'affréter des avions pour venir au secours des touristes avinés. Comme si le Canada pouvait se poser sans autorisation sur une piste d'aéroport en territoire étranger. Ce n'est pas si simple, vous savez. Mais les Français l'ont fait, eux, me direz-vous. Les Anglais et les Néerlandais aussi. Ces îles leur appartiennent, vous savez... Je

La question du locuteur

Je n’ai jamais parlé de Michel Grenon, ce professeur d’histoire pour lequel j’avais une grande admiration. Un professeur à l’ancienne qui, à peine entré en classe, débutait son cours par « Il était une fois » et qui le terminait trois heures plus tard, nous laissant à peine le temps d’aller nous chercher un café à la pause. Ce professeur, décédé trop tôt en 1996, m’aimait bien et, avec quelques autres, il m’invitait parfois à des soirées chez lui, dans son appartement de l’ouest de la ville, près du métro Atwater. Autour de la table, il y avait sa compagne, deux ou trois anciens étudiants et une secrétaire revêche qui a toujours fait montre d’une certaine hostilité à mon endroit, sans que j’en comprenne bien les raisons. Pendant la soirée, nous discutions de l’actualité, du sort du monde, de l’histoire, plus particulièrement de l’histoire européenne du XVIIIe siècle, notre siècle de prédilection. Je ressortais toujours de ses soirées stimulé, motivé, grandi. J’imagine que ça devait res