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Affichage des messages du 2017

Croche

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Croche n'est pas un mot considéré officiellement de langue française. Et pourtant, il est fort utile à ceux qui l'emploient dans leur vie quotidienne, notamment au sens figuré. Son emploi au Québec relève sans doute de ce que nous pourrions appeler l'aspect émotif de la langue. Quand je vivais à Genève, je parlais un français dit « international » de manière à me faire comprendre du premier coup par mes collègues et par mes étudiants. Malgré ma bonne volonté d’intégration, il m’arrivait, parfois, après une mauvaise nuit de sommeil, de dire à mes collègues en arrivant au bureau que je me sentais tout croche. Alors, on se moquait de moi. « Eh, ce mot n'existe pas en français ! » me disait-on. « Mais, demandai-je, perplexe, comment dit-on qu'une chose n'est pas droite ? » Personne ne savait… et je trouvais alors que la langue française était bien mal faite... car, à mes yeux, aucune autre expression ne pouvait décrire mon état. Croche par Pierre Turcotte, artiste-

Je vois le monde aujourd'hui

Je vois le monde d'aujourd'hui Comme un vaste champ de bataille Où s'affrontent à coup de mitraille Des hommes perdus au cœur de la nuit Certes ils veulent changer le monde Et à cette fin reçoivent des armes Qu'on leur livre avec des tombes Mouillées de sang et de larmes Puis éclate la haine entre eux La chamaille au sein de la fratrie Certains tomberont sous les feux Tandis que d'autres, comme fleurs flétries S'éteindront tout doucement, Des étoiles dans les yeux, soumis Loin, si loin de ces parents Qui leur ont donné la vie Personne n'ira au paradis, non Car il n'y a pas de place pour les barbares Qui préfèrent parler avec la bouche de leurs canons Et qui considèrent la violence comme un art Voilà comment je vois le monde d'aujourd'hui Un monde perdu dont il ne restera plus rien Et sur les cendres desquelles d'autres vauriens En construiront un autre… en vain. 2017-05-15

En guerre

Lu sur Facebook : « Je suis en guerre contre mon gouvernement parce qu'il est en guerre contre son peuple. » J'imagine que son auteur rêve d'entrer dans le clan des révoltés et que de proférer ce genre d'âneries lui procure un sentiment de liberté, voire de puissance, peut-être même d'intelligence. Mais que fera-t-il après sa guerre ? Aucune idée, j'imagine. Et que fera-t-il quand il constatera les dégâts ? Des milliers de morts, des millions de déplacés. Et pourquoi ? Aucune idée, sans doute... La guerre n'est pas une plaisanterie. Ce n'est pas un concept qu'on lance dans un slogan, ni un cri de ralliement pour des foules d'abrutis en délire. La guerre tue, détruit, pille... Elle s'avère toutefois une bénédiction pour l'industrie de l'armement. Pour les États-Unis, la Russie, la France, et même le Canada, qui comptent sur elle pour faire rouler un secteur non négligeable de l'économie. Mais pour le reste, elle ne sert personne, n

Écrire est un sacerdoce

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Écrire un roman tient du sacerdoce, de l’oubli de soi au dépend d’un projet dont on ne connaît ni les tenants ni les aboutissants. Écrire aujourd’hui représente une forme supérieure d’abnégation. Tout comme l’Être heideggérien qui se manifeste dans son retrait, l’écrivain contemporain s’oublie lui-même pour mieux se retrouver. Écrire c’est partir de sa propre vie pour en créer d’autres, y compris la sienne. Peu importe le genre littéraire auquel on s’adonne, c’est toujours comme ça que ça se passe : on se retrouve seul avec soi-même, comme au dernier jour de sa vie, et on crache le venin. C’est tout. Photographie Lyne DesRuisseaux, 1985 : l’auteur de ce blogue alors qu’il révisait un manuscrit. L’écrivain du XXIe siècle, surtout s’il est Québécois, doit, tout en écrivant, gagner sa vie, vaquer à l’entretien de la maison, s’occuper de ses enfants. Alors, quand il ressent le besoin irrépressible d’écrire et qu’il s’évertue à décrire par des mots ce qui gît en lui, il doit se donner les m