Messages

L'homme avec un drapeau du Danemark

Image
Assis tranquillement dans le bus qui m'emmenait au métro, je fus distrait de ma lecture par un gars derrière moi. ─ Qu'est-ce que c'est que ce chauffeur ? disait-il à voix haute. L'as-tu vu comme elle chauffe ? Personne ne lui donnait la réplique, de sorte que j'en conclus qu'il était seul. J'essayai de reprendre ma lecture de La peste d'Albert Camus quand je l'entendis marmonner encore : ─ C'est quoi, ce chauffeur ? Elle brette, elle brette... Dans un bus rempli à pleine capacité, il ne faut qu'un seul individu pour vous pourrir la vie. Je me retournai pour le regarder. Cheveux courts mais désordonnés, t-shirt à manches longues d'une propreté douteuse, pantalons de jogging, aussi noirs que le t-shirt, et enfin, des chaussures noires aussi, sans lacets et dont la saleté était évidente. Dans sa bouche, il tenait un drapeau du Danemark... comme s'il avait décidé ce matin de jouer les portes étendards de ce petit pays scandinave. La Coup

Ce que traduire veut dire: Hommage à Paul Laurendeau

Image
Que ce soit sur son blogue , sur celui d'ÉLP éditeur ou sur le webzine Les 7 du Québec, Paul Laurendeau offre différentes traductions à ses lecteurs, toutes aussi percutantes les unes que les autres. La première qui me vient à l'esprit est L'ère du verseau , traduction d’ Aquarius (texte de James Rado), hymne d'ouverture à l'opéra-rock Hair (1967) - un moment clé de l'histoire de la contre-culture américaine à la fin des années soixante. L'auteur de ce blogue avec Paul Laurendeau (à droite) au Salon du livre de Montréal en 2011. La deuxième s'avère nulle autre que Le corbeau , le poème d’Edgar Allan Poe ( The Raven ), que Paul Laurendeau, après Baudelaire et Mallarmé, a traduit en français. Après d’aussi illustres poètes, personne n'avait osé traduire en français le célèbre poème de Poe. Pour justifier son audace, Paul Laurendeau écrit : « Ces deux poètes français majeurs, en utilisant le vers libre et de fines altérations du sens, ont tiré ce texte

Création et logique marchande (Les créateurs 2)

Le problème de nombreux artistes québécois, voire francophones, c’est qu’ils obéissent – sans doute bien malgré eux – à cette logique marchande insufflée par leurs agents et par toute cette faune qui vit de la création, peut-être dans l’intérêt des créateurs, mais dans cet intérêt immédiat qui ne va jamais au-delà du court terme. Et cela touche autant les auteurs, les compositeurs, les interprètes que les artistes en art visuel, scénique et autres. Cette logique prétend, par exemple, qu’un groupe rock ou pop doit limiter le nombre de disques qu’il pourrait sortir en raison de l’étroitesse du marché. Selon leurs analystes de haute voltige, le marché ne saurait absorber plus d’un produit culturel par année par artiste. Comme vous pouvez le constater, nous sommes bien dans cet univers marchand qui voit les œuvres comme des « produits » devant être « mises en marché » en fonction d’une « clientèle cible ». Quand je fais allusion à cette faune, j’inclue bien entendu les bureaucrates de la c

Amour

Image
Parmi les multiples définitions que donne Le Petit Robert du mot « amour », je retiens celle-ci : « Inclinaison envers une personne, le plus souvent à caractère passionnel, fondée sur l’instinct sexuel mais entraînant des comportements variés ». Quelle étrange définition ! L’amour qu’un individu porte à un autre individu est-il nécessairement fondé sur l’instinct sexuel ? Bien qu’il ne soit pas interdit de réfléchir à la question, avec le temps je me suis convaincu que l’amour qu’une personne ressent pour une autre se développe dans le quotidien, se renforçant lentement au fil des jours. Certes, le corps de cette autre personne joue sans doute un rôle, mais c’est son mode de présence au monde, sa manière d’être, qui plait tant ou ne plait pas chez l’autre, et non son apparence physique ou ses qualités intellectuelles. En conséquence, le mode de présence au monde – qui correspond plus ou moins au concept heideggérien de dasein – n’est pas étranger au sentiment amoureux. Quant aux « com

Descendance

Le mot descendance indique « le fait de descendre d’une personne, d’une famille » ( Le Petit Robert 1987) et, à ce titre, est associé à la lignée, à la postérité. La notion de descendance renvoie souvent au nationalisme, notamment au nationalisme québécois qui s’évertue à mettre en valeur la fierté des origines populaires du bon peuple. À mon avis, le nationalisme est une affaire de mystique collective, une question de foi. Pour fonctionner en tant qu’idéologie, il a besoin d’offrir aux citoyens une représentation plausible d’un TOUT dans lequel chacun puisse s’identifier. Cela explique sans doute les nombreuses déviances comportementales auxquelles ce phénomène peut être associé : le fascisme, le racisme, ou plus simplement, la xénophobie, ce rejet de l’étranger en tant qu’il ne fait pas partie du TOUT collectif. Au Québec, le nationalisme a échoué. Les citoyens d’ici ont perdu la foi, car ils ne pensent qu'à assurer leurs arrières. On se demande d’ailleurs ce qu’ils ont à « ass

Olympisme

En raison de la caractéristique fondamentale de cette catégorie qui en fait un dictionnaire, non une encyclopédie, et des règles qui président à son élaboration, je ne peux faire une entrée à « Jeux olympiques ». Alors je me rabats sur le mot olympisme, même si olympiade serait sans doute plus approprié, bien qu’ambigu, car Le Robert (1987) définit d’abord ce mot par une « période de quatre ans entre deux jeux olympiques ». Quant à olympisme, il se définit par « l’institution, l’organisation des jeux », mais j’estime que, par extension, il peut désigner aussi bien l’esprit des jeux olympiques, la philosophie qui les sous-tend. Les Jeux olympiques sont nés en Grèce antique, aire spatio-temporelle de grande civilisation. Un Français du nom de Pierre de Coubertin a eu l’idée des les relancer à la toute fin du dix-neuvième siècle, remettant ainsi à l’ordre du jour une pratique qui aurait dû demeurer dans l’antiquité, comme le gynécée, l’esclavage, l’élitisme homosexuel, etc. Personnellemen

Parents

Les dictionnaires usuels définissent généralement les parents comme le père et la mère d’un enfant. Un enfant qui, par la force des choses, vit dans la dépendance de ses parents pendant une certaine période de sa vie. Ceux-ci se trouvent donc en situation de pouvoir par rapport à l’enfant qu’ils ont engendré. Certains en abusent, d’où l’expression « enfants abusés » qui m’a toujours semblé inappropriée pour décrire les agressions sexuelles dont peuvent être victimes des enfants. Fort heureusement, en dépit des titres des quotidiens qui étalent au grand jour des histoires toutes plus sordides les unes que les autres, la plupart des parents se comportent en parents, et non en abuseurs, élevant leurs enfants du mieux qu’ils le peuvent compte tenu du fait qu’ils vivent dans une société qui érige la performance en valeur absolue. Les parents, donc, exercent une fonction – une fonction éminemment sociale, somme toute – pour laquelle aucun mode d’emploi ne leur est fourni, si ce n’est l’hérit